La Jeunesse ouvre ses horizons

Le fondateur et président de l’Académie Jeunesse Molenbeek créée en 2014, Mohamed Tabbakalt, veut diversifier l’origine culturelle des joueurs de son équipe pour l’année prochaine. L’opération séduction a déjà débuté.
Depuis quelques semaines, la Jeunesse Molenbeek traverse sportivement une zone de turbulences. Le club n’a plus gagné depuis cinq matches et reste sur trois défaites de rang (dont la dernière qui a fait mal ce week-end, 6-2 face à Brussels City) alors qu’il trustait jusque-là les premières places du championnat.
Pour Mohamed Tabakkalt, l’homme fort et créateur du club (qui avait autrefois été l’entraîneur de feu l’Atlas de Bruxelles), le problème n’est pas que sportif. Il est plus profond.
« Le gros problème de la Jeunesse Molenbeek, c’est la mentalité des joueurs», explique-t-il. « Ils ne sont par exemple jamais assez à l’entraînement. On ne se retrouve parfois qu’à six ou sept. Et les joueurs absents savent au final qu’ils vont être convoqués le week-end même s’ils ne sont pas venus s’entraîner car il faut au moins onze joueurs. C’est vraiment catastrophique. Pourtant, la direction est réglo. Le club a toujours payé les primes de match à heure et à temps. On a toujours tenu nos promesses. J’ai donc décidé de changer cela. »
Concrètement, Mohamed Tabakkalt rêve d’attirer des joueurs d’origines différentes pour faire de la Jeunesse Molenbeek une équipe multiculturelle.
« L’équipe est presqu’exclusivement composée de joueurs d’origine maghrébine », poursuit-il. « J’aimerais pouvoir compter entre 10 et 12 joueurs d’horizons différents la saison prochaine, et particulièrement des gardiens. J’ai déjà commencé à prendre contacts avec des joueurs d’autres clubs. J’essaye de les convaincre mais c’est vrai que je n’ai pas énormément d’arguments. Ce que je peux dire, c’est que nous sommes des gens compétents, à l’écoute et que nous tenons parole. Si je promets quelque chose, je tiens parole. »
Si Mohamed Tabakkalt tient tant à ouvrir son équipe à d’autres cultures, c’est parce qu’il est convaincu que cela permettra de la faire monter plus haut dans les divisions, ce qui est son objectif.
« Chaque année, on perd entre 70 et 100 jeunes car notre équipe première n’est pas assez compétitive. Ils partent à Anderlecht, le RWDM, voir à Jette qui joue en P.1. Ils n’ont pas envie d’évoluer en P.3 car le niveau est trop bas. Ils ne voient pas d’intérêt à jouer en équipe A chez nous. »
Les choses pourraient donc beaucoup bouger du côté de Molenbeek durant ces prochains mois. Mais à court terme, la Jeunesse est tout de même toujours dans la course et conserve toutes ses chances de monter puisqu’elle est quatrième (à cinq points du troisième, le Maccabi Brussels) à huit matches de la fin.
Vincent Miller (La Capitale)